Histoire du musée de la mer : la construction du musée

La façade du Musée de la Mer est caractéristique de son époque ; on retrouve une architecture semblable dans divers autres édifices biarrots.

Malgré le souhait du Marquis visionnaire, il faudra attendre plus de 30 ans, jusqu’après la guerre, pour que la municipalité envisage la création d’un institut ou musée océanographique à Biarritz. André Giret, alors administrateur de l’Inscription Maritime de Bayonne, propose en 1923 de l’installer dans le bâtiment des magasins de la ville, près du Rocher de la Vierge. S’appuyant sur l’attrait touristique déjà important du site, il affirme que l’établissement « pourrait exister sans rien demander aux pouvoirs publics et qu’une large prospérité financière serait assurée par les visiteurs de l’aquarium ». La municipalité donne son accord de principe, mais ce n’est qu’en 1930 qu’un concours d’architecte est lancé. Dès ce moment, les travaux vont bon train, et l’établissement peut, enfin, ouvrir au public, le 10 août 1933.

Le Musée de la Mer est alors une réalisation architecturale tout à fait moderne. La structure du bâtiment et sa décoration font d’ailleurs l’objet de commentaires élogieux, parfois dithyrambiques, dans la presse.Les travaux de construction, sur l’emplacement des anciens ateliers municipaux

A l’ouverture, les collections présentées sont encore restreintes, mais elles s’enrichissent rapidement de nombreux dons, prêts et dépôts. Sous la direction de Paul Arné, le fonds patrimonial du Musée est vite suffisant pour qu’une inauguration officielle ait lieu en grande pompe le 7 juillet 1935.

Jeunesse et maturité

Pour ses responsables, l’établissement a pour but de montrer les curiosités de la mer au grand public, mais aussi de faire état des derniers avancements de la science pour les plus érudits. Il a également la vocation d’un musée scientifique, c'est-à-dire la constitution et la conservation de collections de référence, fort utiles aux spécialistes de la classification ou de l’anatomie par exemple.

les fondations du musée de la merTémoignent encore aujourd’hui de cette vocation initiale les collections scientifiques du Marquis de Folin, la collection ornithologique régionale, ou la collection de fossiles des falaises de Biarritz…

Par la suite, au gré de l’enrichissement des collections et de l’évolution de la mufaçade en cours de constructionséographie, le Musée de la Mer se transforme progressivement. Tout au long d’un demi-siècle, les galeries sont réaménagées, de nouvelles salles sont libérées ou créées, des installations complémentaires voient le jour pour des périodes plus ou moins longues (bassin extérieur pour les phoques, volières, vivarium…). Le Musée participe également, soutenu par la Société des Amis du Musée de la Mer, à l’animation culturelle de sa région, tout d’abord par son impact considérable dans le monde scolaire, mais aussi par la création d’animations, d’expositions temporaires, etc.

Dans les années 80, le niveau de vétusté de certaines parties du bâtiment commence à inquiéter la municipalité. Les études techniques concluent au besoin d’une rénovation complète du Musée. Ce sera l’occasion d’une intense réflexion, et d’une refonte totale des expositions.

Fréquentation : un succès jamais démenti

Dès ses débuts, le Musée de la Mer accueille de 30 à 50 000 visiteurs chaque année. Le cap des 100 000 est largement dépassé en 1949, et la fréquentation annuelle se maintient autour de 170 000 à partir de 1972. Lorsqu’il est fermé au public en septembre 1991 pour permettre les travaux de rénovation, le musée a vu passer près de 6,7 millions de visiteurs depuis son ouverture ! Depuis sa rénovation, le succès du Musée de la Mer s’est notablement accentué, avec plus de 260 000 visiteurs par an.

Le bâtiment construit en 1933, s’intégrait bien au site choisi, il présente en façade une structure caractérisée par de fortes lignes horizontales avec des baies qui allégeaient ces surfaces horizontales et coupée par un volume vertical saillant, la cage d’escalier, en forme de proue de navire arborant fièrement les armes de Biarritz sculptées par Biberstein.
 
La décoration intérieure, art déco, contraste avec l’austérité volontairement brutale des façades : mosaïques bleues et dorées de Lizier pour les revêtements de sol, fresques murales présentant des compositions d’animaux marins et de flore aquatique qui accentuaient l’impression marine du sous-sol de Sauvage ; grand panneau décoratif de Cazaux aux tonalités bleues, vert et or, (trois rondo de divinités des eaux s’égayant au milieu d’oiseaux et de plantes aquatiques stylisés). L’éclairage étudié par Francis Paul était destiné à créer l’impression, impression renforcée par les jeux de lumière provenant des vitraux de la cage d’escalier, et l’ambiance bleutée d’une sorte de grotte enfermant des trésors marins.
 
 Le 28 juin 1933, on gravait sur la façade de cet Institut Océanographique l’appellation de " Musée de la Mer ".  Enfin, le 10 Août avait lieu l’ouverture officielle.
 
Mais ce n’est que le 7 juillet 1935 qu’eut lieu l’inauguration officielle du Musée de la Mer. A cette occasion, le navire " Théodore Tissier " était ancré dans la rade de St Jean-de-Luz.
 
Le Musée de la Mer, orienté vers tout ce qui touche la mer mais principalement ce qui concerne le golfe de Gascogne, avait pour but essentiel « de montrer le monde de l’océan sous toutes ses formes : les fonds marins, le rôle de la mer dans la formation des continents, le peuplement des eaux, l’exploration et l’exploitation de cet énorme réservoir de nourriture ».

La rénovation du Musée

Consolidation et sécurité

Le premier problème à résoudre est la dégradation de certaines parties de la structure, dues en particulier aux infiltrations d’eau le long de la falaise à laquelle le bâtiment est adossé, et plus généralement à l’atmosphère saline hautement corrosive. Il faut mettre à nu l’ossature de l’édifice pour la contrôler, et la renforcer si nécessaire.

Agé de plus d’un demi-siècle, le Musée ne correspond plus aux normes de sécurité en vigueur : il faut ouvrir des issues de secours supplémentaires, revoir les systèmes de sécurité-incendie, la résistance au feu des matériaux… Un ascenseur doit également être intégré dans le bâtiment pour en permettre l’accès aux personnes handicapées ou à mobilité réduite.

Enfin, la rénovation doit être l’occasion de mettre les techniques d’aujourd’hui au service du confort de visite : climatisation, désembuage des vitres des aquariums en été, amélioration de l’isolation phonique…

Respecter l’esprit

Au même titre que les collections du Musée, l’architecture originelle du bâtiment constitue en elle-même un patrimoine unique. Les importants travaux de structure, ainsi que l’indispensable modernisation de la présentation, se devaient donc de la respecter, pour que le Musée ne perde pas son âme… L’un des aspects fondamentaux du travail de réflexion préalable - et l’une des réussites de la rénovation - a été de trouver un équilibre entre les contraintes structurelles, une présentation muséologique résolument actuelle, et le respect de « l’esprit » de l’édifice, restituant même dans certains cas l’ambiance d’origine qui s’était perdue entre-temps (reprise de la cage d’escalier centrale, rénovation à l’identique d’une fresque de A. Sauvage, de la fontaine de Cazaux,…).

Pour le plaisir des yeux…

La salle Delord 



Pour certains visiteurs, le Musée de la Mer est depuis toujours une mine d’objets curieux ou chargés d’histoire, de témoignages d’autrefois. La salle Delord est l’un des lieux où l’on peut  retrouver, pour le plaisir des yeux ou le rêve, le charme suranné des vieux objets, cette atmosphère qui reste l’une des facettes du Musée. Dans un décor évoquant sobrement l’intérieur d’un bateau, objets de marine, maquettes ou œuvres d’art attendent le visiteur qui recherche un peu de tranquillité, car c’est aussi un endroit isolé où l’on peut s’asseoir, pour simplement profiter d’un moment de calme.

Quand reste l’esprit...

La décoration de la cage d’escalier centrale évoque l’ambiance d’origine (photo en arrière-plan).Le poulpe installé en frontispice du bâtiment est devenu le logo du Musée de la Mer.La fresque du poulpe de Sauvage a pu être sauvée et restaurée ; elle sert aujourd’hui d’arrière-plan à un scaphandrier pieds-lourds.

Avec le retour de la lumière naturelle, la galerie du niveau 2 et la grande salle centrale ont retrouvé leur vraie nature, et gagné quelques dauphins batifolants. La fontaine de Cazaux a été rénovée dans le respect exact des couleurs et matériaux d’origine.

Un musée d’aujourd’hui…pour demain

De nos jours on ne conçoit plus qu’un musée ne soit qu’une juxtaposition d’objets ou de collections ; il faut au visiteur une logique de visite, un fil conducteur… Dans le cas présent, la thématique générale, est contenue tout entière dans la dénomination « Musée de la Mer de Biarritz » : les sujets abordés tout au long de la visite sont autant d’illustrations des liens historiques, géographiques, économiques et culturels entre la ville, sa région et l’océan.

Après un énorme travail de rénovation, le Musée de la Mer est un établissement résolument actuel.

Un Musée pour le public

Les opérations de rénovation, qui s’imposaient pour des raisons de structure ou de sécurité, ont été l’occasion de recentrer les présentations autour de la thématique naturelle de l’établissement, avec la volonté générale de permettre aux visiteurs de comprendre, découvrir ou apprendre, tout en prenant du plaisir.

Plaisir des yeux d’abord, avec un soin tout particulier pour l’esthétique générale de la visite, mais aussi l’illustration, qui fait largement appel à l’image et à la photographie, et la mise en valeur de la beauté propre des échantillons, maquettes ou objets présentés. Plaisir du jeu et de la détente avec des systèmes audiovisuels interactifs et des approches muséologiques inhabituelles, des zones de repos, un bar… Plaisir de la vie enfin, car la confrontation directe avec les organismes vivants (même au travers d’une vitre) reste l’une des émotions fondamentales de l’être humain.

Un Musée d’aujourd’hui

Le but ultime - et principal - de la rénovation du Musée de la Mer était d’offrir au public ce qu’il est en droit d’attendre de nos jours d’un établissement de ce type. Sans renier sa spécificité, ni son esprit d’origine, on a largement fait appel aux techniques actuelles pour mettre en valeur le patrimoine et les collections du Musée, mais aussi les « messages » dont ils sont porteurs. La technologie est ici au service de la qualité de visite, tant au plan esthétique qu’instructif.

Ainsi, les aquariums ont bénéficié de tous les perfectionnements utiles au niveau de leur fabrication comme de leur fonctionnement. L’architecture des bacs et la qualité des décors sont remarquables, et les équipements de contrôle et de traitement de l’eau permettent la maîtrise aquariologique de très grands bassins.

Il a été fait appel à divers supports et techniques de communication (vidéodisques, informatique,…) pour permettre l’interactivité avec le public, là où elle était nécessaire pour les besoins de l’exposition. Et puis il ne faut pas oublier l’imagination et le savoir-faire de nombreux prestataires, qui ont apporté chacun leur touche d’originalité (mini-dioramas, hublots « bulles » dans certaines vitrines, paysage subaquatique des phoques, grotte des squales, mise en scène des dauphins « volants », etc.).

Un Musée pour demain