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Un phoque gris dans l'Adour
Janvier 2007
 
Extrait de Sud Ouest du 8 février 2007
 
Le jeune phoque qui a pris goût à l'Adour fait partie de la famille des phoques gris qui sont au Musée de la mer. Si ce n'est que son destin semble différent des pensionnaires de l'établissement.
 
Que va devenir Ninon ?Voir la photo de Ninon en grand !

Si la découverte du phoque gris Ninon, évoluant paisiblement dans les eaux de l'Adour, a surpris plus d'un promeneur ou d'un plaisancier, il n'en est pas de même pour la directrice du Musée de la mer de Biarritz, Françoise Pautrizel. Pour la bonne et simple raison que Ninon est de la même famille que les quatre phoques gris recueillis par le Musée de la mer, où ces mammifères marins coulent apparemment des jours heureux.
« L'histoire de Ninon qui fait partie de ces colonies des îles Molène, au nord de la Bretagne est classique. Une fois que les phoques sont sevrés quelques semaines, en général trois semaines après leur naissance, leur mère se désintéresse complètement d'eux. Les voilà donc obligés de se débrouiller pour se nourrir. Ils se mettent alors en chasse derrière un banc de poisson et, emportés par les courants, se retrouvent souvent dans le secteur de la Côte landaise où, épuisés, ils échouent, explique la directrice. C'est ainsi qu'ils sont recueillis par les sapeurs-pompiers et amenés au Musée de Biarritz où nous les soignons.
Photo prise par Françoise Pautrizel, Directrice du
Musée de la Mer le 29 décembre 2006. Ce jeune
phoque est au repos sur la rive gauche de Adour.
 
Quand les eaux de l'Adour seront plus chaudes, Ninon repartira...
 
Okera (1), 27 ans, récupérée en janvier 1980 ; Titounette, 21 ans, pensionnaire du Musée de Biarritz depuis novembre 1986 ; Sylvestrine, 12 ans, arrivée en décembre 1995, rejoint par le seul male de la congrégation, Charly, échoué en décembre 2000, épuisés par les tempêtes hivernales et malades, ont été ainsi capturés sur le littoral avant d'être soigné.
« Ce n'est pas le cas de Ninon qui est arrivé dans la région fin décembre et qui me semble en pleine forme. Je suis allé le constater moi-même alors qu'il était au sec sur un banc de cailloux raconte Françoise Pautrizel. Il a l'air de se plaire en ces lieux, ce qui est assez rare. Apparemment, il navigue de l'estuaire, qu'il ne cherche pas à franchir, à la Nive où le pousse sa curiosité et le poisson abondant. C'est parce qu'il est en bonne santé que nous le laissons ainsi et que nous avons tu sa présence afin qu'on ne l'importune pas. Notre politique est de laisser les animaux en bonne santé dans leur milieu naturel. ».
 
Une naissance en captivité. Et de poursuivre : « Si nous nous rendions compte qu'il était malade, nous le récupérerions avec l'aide des sapeurs pompiers dans une cage spéciale. Je dois dire que c'est la première fois qu'un phoque reste aussi longtemps dans l'Adour. Je ne pense pas qu'il y restera. Quand il aura pris des forces, sentira que les eaux se réchauffent avec le printemps, il franchira l'estuaire et repartira vers le nord, vers ses congénères. Nous récupérons en moyenne un phoque échoué par an. Il y a deux ans, nous en avons trouvé deux mais aucun l'an dernier. Quand ils ont été soignés et ont recouvré leur force, nous les ramenons en Bretagne. »
Dans le cas contraire, ils restent au musée, comme les quatre pensionnaires du musée. Okera était borgne et les autres avaient séjourné trop longtemps en convalescence pour être relâchés. « Ils perdent de leur autonomie et sont plus en sécurité au Musée de la mer. Ils seraient incapables de se nourrir seuls. »
La colonie biarrote, qui s'ébroue dans un bassin spécialement aménagé pour ses quatre pensionnaires, a connu un heureux évènement : en effet Naia est née il y a un an des amours d'Okera et de Charly. C'est une première dans un musée. En somme le cinquième élément de la colonie.
  Pas un animal domestique. Françoise Pautrizel met en garde les promeneurs qui découvriraient Ninon digérant en se prélassant sur un banc de sable. « Ce phoque est un mammifère sauvage et qui est très agressif. Pour se défendre, il mord. De plus, il est potentiellement porteur de parasites, alors il est recommandé de ne pas l'approcher. »
(1) C'est l'équipe du Musée de la mer, dont les six soigneurs, qui choisit collégialement le prénom des phoques recueillis.
 
Les phoques ne sont pas des animaux de cirque
 
Contrairement aux otaries, le dressage des phoques est très relatif. Pour une bonne raison, que le faible développement de leurs nageoires les empêche de se mouvoir. Ils rampent contrairement à leurs cousines qui se déplacent très bien sur le sol. Toutefois, les six soigneurs du Musée de la mer de Biarritz leur inculquent quelques notions de discipline... pour assurer leur hygiène et surveiller leur santé. Ainsi gagnent-ils la confiance de ces mammifères marins en leur donnant à manger deux fois par jour à raison de quatre kilos de poisson par jour afin de créer une relation.


Dressage. Ces repas ludiques ont pour but aussi de leur apprendre à franchir un cerceau et parvenir plus tard à les faire entrer dans une cage. Dans ce lieu fermé, le vétérinaire pourra les examiner plus facilement et leur apporter des soins, du nettoyage des yeux à celui des ongles. La présence quotidienne du public les rend aussi d'une certaine manière domestiques et donc...dépendants de l'homme. Autant dire que leur rendre la liberté signerait probablement leur arrêt de mort.
L'arrivée de compagnes et d'un compagnon pour Oreka, la première pensionnaire du musée, a invité à l'agrandissement du bassin en 1992. Ces phoques sont un des atouts majeurs de ce lieu incontournable du patrimoine touristique de Biarritz car ils permettent aussi de sensibiliser les enfants au respect des animaux.
Et par les temps qui courent, l'émerveillement suscité par les animaux constitue l'apprentissage du respect de la nature. Et elle en a bien besoin...
 
 
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